Vague rose, branlée, défaite cinglante, les mots ne manquent pas pour décrire les scrutins locaux de mars. Faisons le tour
en quelques questions.
Est-ce un "vote sanction" contre Sarkozy ?
Pas tellement. Parce que l'abstention a été plus forte qu'en 2001. Au premier tour
des Muncipales, la participation était de 66,54% pour la France entière, contre 67,3 en 2001. Au second tour, la participation pour les communes de plus
de 3500 habitants en métropole était de 61,07% contre 62,18 en 2001.
Un véritable "vote sanction", entendu comme un scrutin local qui devient un vote de défiance contre le pouvoir national, connaît une plus forte participation que le scrutin
précédent. Ce fut le cas en 2004 pour les Régionales (57,97% de participation avec un scrutin à un tour en 1998. 62,12% au 1er tour en 2004). Pas pour ces élections.
S'il est évident les préoccupations nationales ont compté, même marginalement, dans le vote, il est difficile de faire un parallèle entre les Régionales de 2004
et ce scrutin. Le Maire est souvent une figure plus populaire que le Président du Conseil Régional. Le débat municipal porte souvent sur des enjeux plus saillants pour les électeurs (transports,
propreté...) que les enjeux régionaux (aides aux entreprises, innovation...).
Parler de "vote sanction" est donc trop fort. Ce vote est plus un "vote hybride" mêlant préoccupations nationales et locales. Les électeurs les moins politisés, vivant dans des
petites communes, ayant tendance à avoir un vote beaucoup plus localisé et moins partisan et inversement.
Ben alors, Sarkozy, c'est le plus fort et le PS, c'est que des démagos ?
Bien sûr que non. Les chiffres montrent que la majorité présidentielle a peiné à rassembler son camp. Si dans les villes où le scrutin était serré, la participation a
augmenté entre les deux tours, cela n'a pas toujours suffi à faire gagner la droite. Deux exemples.
A Périgueux (24), le sortant UMP Xavier Darcos, élu dès le premier tour en 2001,
ministre de l'Education Nationale, a perdu contre le PS Michel Moyrand. La participation est pourtant passée de 69,58% à 74,80 entre le 9 et 16/03. A Amiens (80), même scénario, Gilles de Robien, soutenu par l'UMP et le Nouveau Centre, Maire depuis 1989, réélu
dès le premier tour en 95 et 2001, s'est fait battre par le PS Gilles Demailly. La participation a évolué de 54,74 à 62,26%. Les deux ont été devancés au premier tour. Darcos n'avait que... 56
voix de retard.
Plus que la volonté de "revanche" de l'électorat de gauche, surtout le plus politisé et habitant les plus grandes villes, c'est l'apathie voire la déception d'une partie des
électeurs de droite qui est à prendre en compte. Nul ne doute que l'anti-sarkozysme a pu être le carburant électoral des listes de gauche mais il n'en constitue pas le moteur.
La morale du scrutin, c'est quoi alors ?
Tout d'abord, il faut éviter de trop concentrer les commentaires électoraux sur les raisons du vote. C'est le meilleur moyen de dire des conneries. D'ailleurs, je ne prétends pas
détenir la Vérité Absolue sur les tenants du scrutin. Le Pourquoi d'une élection est une question assez complexe qui demanderait du temps, de la place et qui serait toujours trop généralisante.
Les critères de vote étant loin d'être uniformes.
Le plus important n'est donc pas les causes d'un vote mais ses conséquences. Quand bien même les électeurs se seraient prononcés
sans tenir compte de la politique nationale, ce vote va structurer les discours des leaders politiques, les relations intra et inter-partisanes. (On pourrait même faire la même
conclusion sur les sondages. Peu importe leur validité scientifique, certains peuvent produire des effets politiques)
Le PS va instrumentaliser le vote en disant "les Français rejettent votre politique". Le Nouveau Centre va fustiger (et fustige déja) les appels du pied de l'UMP vers le MoDem. Les rapports entre le PS et Bayrou vont être de
plus en plus problématiques. De même avec les Verts et le PCF. Les élus locaux UMP vont grogner contre leur direction nationale voire même contre l'Elysée. Des
députés de droite dissidents voudront se faire entendre...
Finalement, que les électeurs aient voté national ou local n'a pas une grande importance. Le fait est que ce scrutin, qu'on le veuille ou non, aura des répercussions plus ou
moins importantes sur la vie politique nationale. Mais tout ça, c'est une autre histoire...
C'qu'on en dit