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Dimanche 30 septembre 2007
03.gifSarkozy et Fillon veulent faire la « rupture ». Rupture tranquille mais rupture quand même. Mais la réalité des affaires publiques risquent bien de les ramener à la raison.


Dans un discours clôturant les journées parlementaires de l'UMP qui se sont déroulées les 28 et 29/09 à Strasbourg (67), François Fillon, Premier Ministre, a martelé la doctrine sarkoziste : « je vous annonce donc qu’avec Nicolas Sarkozy nous allons ensemble réformer, réformer et encore réformer ».

Nous sommes rassurés, le Gouvernement n’est pas prêt de relâcher les efforts. Régimes spéciaux, universités, pouvoir d’achat, justice, immigration… Avec toutes ces réformes, la France d'avant le 16/05 fait désormais partie du passé.
La veille, devant les militants UMP locaux, il disait déja : « En quatre mois, nous avons déjà plus réformé que certains gouvernements en plusieurs années ». On aurait dû lui demander si des Gouvernements de droite font partie de ces « Gouvernements fainéants ».

Car l’élection de Nicolas Sarkozy va bel et bien changer la donne dans notre pays : « La France change. La rupture est passée par là. Cette métamorphose bouscule ceux que le mouvement surprend et effarouche. ». Grâce à Nicolas Sarkozy, la « France d’après » sera une réalité. « Nous ne sommes qu'au début d'une formidable entreprise de modernisation nationale » disait d’ailleurs Fillon dans son intervention du 28/09.

Et on peut compter sur l’UMP pour s’assurer de la réalisation des promesses. Patrick Devedjian, secrétaire général du parti, dans un discours précédant celui du chef du Gouvernement, avait promis la mise en place d’un « tableau de bord de la réforme qui assurera un suivi précis de l’action gouvernementale, ministère par ministère, et rendra compte, très concrètement et publiquement, de l’état d’avancement de nos engagements électoraux. ». Et il ajoute : « Ainsi, à tout moment, les Français pourront consulter notre tableau de bord qui leur donnera un point précis, sans complaisance, sur la mise en œuvre des engagements de Nicolas Sarkozy et du projet législatif. ». Vous avez bien lu : « sans complaisance »… Prenez en note.

Redevenons sérieux. A la vue de ces discours, on pourrait croire que l’élection de Nicolas Sarkozy suffira à elle seule à changer le cours des choses dans notre pays. Certains rajouteront à l’échelle de l’Europe et même du monde, permettant ainsi ce fameux « New deal écologique et économique » prôné par notre Président devant l’Assemblée Générale de l’ONU le 25/09. Mais les choses ne sont pas aussi simples.

Sur la question des retraites, de la croissance, des universités ou de l’environnement, les changements ne se feront d’un coup de baguette magique législative ou réglementaire. Sarkozy et Fillon confondent manifestement les temps courts des discours et des élections avec les temps longs voire très long des changements économiques, sociaux et environnementaux.

La question du changement, a fortiori à l’échelle mondiale, est une question hautement complexe. Prétendre la rupture, c’est prétendre que le processus court des campagnes électorales peut briser des processus longs entrepris depuis des dizaines d’années, c’est prétendre que le monde est simple, qu’il n’existe qu’une seule manette pour créer de la croissance, une autre pour redynamiser les universités, une autre pour réduire l’effet de serre.

Mais le monde ne marche pas comme ça. Il n’existe pas une mais des manettes ainsi que de multiples boutons et autres leviers pour pouvoir peser un tant soit peu sur le cours des choses. Entre les discours politiques et la mise en œuvre des promesses, il y a une marge du fait de la présence de nombreux critères : l’appui des publics visés (syndicats, étudiants, agriculteurs…) bien sûr mais aussi la cohérence avec les autres politiques publiques, le niveau des moyens humains et financiers déployés sans parler du contexte international.

En cela, constater des changements se fait sur le moyen voire le long terme, la force de la loi (ou du décret) étant avant tout juridique et pas économique ou environnementale. Car face aux inerties, aux résistances, aux interdépendances internationales et à la complexité de la société, le changement ne peut être qu’incrémental. C’est une donnée redondante de la conduite des affaires publiques. Les successives réformes et tentatives de réformes de notre système de protection sociale en sont l’exemple. Idem pour celles des universités sachant que la réforme Pécresse a éludé la question épineuse de la sélection à l’entrée de la fac.

La réussite d’une politique publique n’est pas donc réductible aux temps courts du marketing politique. Les discours politiques se heurtent bien souvent aux résistances, aux inerties, aux interdépendances internationales ou à la complexité de la société. « Ensemble, tout devient possible » était un beau slogan de campagne. Mais notre pays mérite mieux que des slogans, il mérite du réalisme et de l’humilité.
 

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