Sarkozy aime "la France qui se lève tôt", il aime "la France qui travaille". Mais ce slogan qui fleure bon le "travail, famille, patrie" du Maréchal ne saurait
cacher la vision étroite qu'a notre président de la question du travail.Lors de son discours prononcé le 30/08 à l'Université du MEDEF de Jouy-en-Josas (78), notre chef de l'Etat a martelé son slogan de campagne. Voulant aller "beaucoup plus loin" dans l'assouplissement des 35h, il a prôné "la rupture avec l'idéologie de la fin du travail [...] cette politique de dévalorisation du travail qui depuis trente ans s'efforce par tous les moyens d'empêcher les Français de travailler".
Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention (du moins pas aujourd'hui) de vous parler des 35 heures ou des causes du chômage en faisant un exposé économique qui aurait vite fait d'endormir tout le monde. Mon propos est tout autre. Car on oublie souvent une chose, l'économie n'est pas qu'affaire de grands PDG et de traders, c'est aussi et surtout un mode d'existence de nos sociétés. Parler d'économie, c'est ni plus ni moins que parler du monde dans lequel nous voulons vivre. Un "modèle social" n'a pas pour fin un taux de croissance mais la cohésion de notre société.
Et à quoi assiste-t-on en ce moment ? Quelques chiffres donnés par le site de l'Observatoire des inégalités donnent à rélféchir. Le nombre de ménages pauvres (moins de 50% du revenu médian) est passé de 1 563 000 en 2002 à 1 682 000 en 2005 soit une augmentation de plus de 7,6% (6,3% de la population française étant pauvre en 2005 contre 5,9 en 2002). Et que propose Sarkozy contre la pauvreté ? Le travail, grâce au Revenu de Solidarité Active (RSA) qui sera mis en place par le Haut-Commissaire Martin Hirsch. Un budget de 25 millions d'euros lui a été générereusement attribué.
Mais la nécessité de réduire la pauvreté mérite mieux que cela. Sarkozy, avec son RSA, reste dans une vision utilitariste du travail. Il oublie que le drame de la pauvreté c'est moins (ou tout autant) les difficultés matérielles que la rupture du lien social. Et que propose Sarkozy pour retisser le lien social ? A part dresser les "assistés" contre les "travailleurs" ou les "victimes" contre les "racailles" ? Son "idéologie du travail", loin de régler le problème, risque de faire empirer les choses.
De même, la question de la lutte contre le chômage est traversée par un autre problème : celui de la fracture entre insiders et outsiders. Pour résumer, quand on parle de flexibilité, certains, les insiders, veulent conserver leurs "acquis" ou réclamer ce à quoi ils estiment avoir le droit du fait de leur accès à l'enseignement supérieur par exemple. Par démagogie ou par peur, les gouvernants reculent ou promettent plus de protection à ceux-là. La "crise du CPE" illustre bien cette théorie avec le recul du gouvernement sur ce dossier et la promesse de Ségolène Royal, durant la campagne présidentielle, de faire du CDI la règle en matière de droit du travail.
A l'inverse, les outsiders, les plus précarisés, les moins diplômés, ne risquent pas de bénéficier de ces avantages sociaux. On demandera alors des contrats dérogatoires au droit du travail pour insérer professionellement ces personnes à faible "employabilité", c'était l'argument utilisé pour justifier le CPE... Vous connaissez la suite.
S'établit alors une fracture entre des insiders réclamant la défense de leurs "acquis sociaux" et des outsiders exclus de la société, en quête de repères, ouvrant la porte à toutes les dérives sociétales, la crise des banlieues en étant le paroxysme. Deux mondes qui ne se comprennent pas forcément, deux mondes qui ne semblent pas vivre dans les même sphères. On en revient à ce problème de la rupture du lien social.
Bref, lutter contre le chômage demande une réflexion plus profonde. Elle nécessite de se pencher sans tabous sur les travers de notre société. Le problème du chômage ne se résoudra pas en ayant un regard purement économique. Il demande plus de profondeur, de refuser tant le conservatisme d'une certaine gauche que la stigmatisation d'une certaine droite, tant la peur du changement que le rejet de l'Autre. Après ça, un espace de dialogue va s'ouvrir pour fonder un nouveau "modèle social".
par Tefy
publié dans :
Economie/Social





