On
aura entendu parler de cet "incident" au Salon de l'Agriculture. Dommage que cette polémique soit aussi stérile qu'un chapon.Franchement, ne me dites pas que vous n'êtes pas au courant... Après tout, c'est possible. Imaginez. Lundi dernier, un type revient d'un long voyage au fin fond de l'Amazonie. Partout dans la presse écrite, les blogues, JT, radios, on s'étripe, on crie au scandale. Il est surpris, étonné.
Mais qu'est-ce qui se passe ? Le PS est arrivé à se mettre d'accord sur un sujet ? On a retrouvé le véritable assassin de Kennedy ? Nadine Morano (porte-parole de l'UMP) a dit un truc intelligent ? Non. Mieux que ça. Le 22/02, lors d'une visite au Salon de l'Agriculture (Paris), le Président Nicolas Sarkozy a répondu "Casse toi pauv'con !" à un visiteur qui refusait de lui serrer la main. "Touche moi pas ! Tu me salis !" avait-il dit. L'algarade du siècle.
Personellement, que Sarko ait un langage "franc", je m'en tamponne. Je suis mal placé pour lui donner des leçons de politesse. Pour le reste, cette surenchère politicienne est difficilement compréhensible. Certes, le Président détient un mandat particulier. Mais il n'a tué, ni frappé personne. Il n'a fait que répondre, peut-être un peu brusquement, à une insulte. Ce n'est qu'un Homme après tout. Si ça tombe, il se cure le nez et pète au lit. Nier sa simple humanité, son humble statut de mortel pour en faire un monolithe sans émotions relève au mieux de la naïveté, au pire de la mauvaise foi.
Toutefois, Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, en piste pour un deuxième mandat, arrive à sauver (un peu) la face. Visitant le Salon le 25/02, il avait estimé qu'il y a des "sujets sur lesquels il était le plus important de réagir" comme le pouvoir d'achat, ou la rétention de sûreté rajoutant que "le reste, c'est quand même moins important".
Ségolène Royal, invitée sur RTL le 26/02, se montre plus offensive. Pour elle, ce "dérapage verbal violent" "n'est pas conforme à l'idée que l'on se fait du rôle du Président de la République". Mais la probable candidate au poste de Premier secrétaire tient à replacer la polémique dans son contexte et à parler du fond : "Mais ce dérapage serait passé beaucoup plus inaperçu s'il y avait des résultats en politique."
Mais d'autres personnalités du PS ont nettement moins de scrupules à exploiter la situation. Tous remettent en cause l'équilibre psychologique du chef de l'Etat, jugé incompatible avec sa fonction. Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris proche de Dominique Strauss-Kahn, décrit sur son blogue, dans un billet du 24/02, un Président "de plus en plus agité" qui n'aurait plus toute sa tête.
- "Les colères entrées ou publiques, la mise en cause des décisions du Conseil constitutionnel, l’altercation au Salon de l’Agriculture avec un quidam, tout semble indiquer symboliquement que Nicolas Sarkozy ne se maîtrisant pas, ne maîtrise pas la situation."
Un autre strauss-kahnien, Pierre Moscovici, député du Doubs et autre possible candidat au poste de Premier secrétaire, va plus loin. Mosco', tout en dénoncant l'insulte faite au Président, estime lui aussi, dans un billet du 25/02, que l'attitude de Sarkozy n'est pas digne de sa fonction. Il refuse, contrairement à Delanoë, de minimiser le problème.
- "Le mot de Nicolas Sarkozy est inacceptable, on ne peut pas se contenter de le laisser passer en revenant aux 'vrais problèmes', comme le pouvoir d’achat. Évidemment, là est l’essentiel. Mais un Président de la République qui ne se contrôle pas, qui perd ses nerfs, qui 'pète les plombs', non ce n’est pas une bricole, c’est un scandale. [...] En agissant ainsi, il continue d’abaisser, de salir même, la tâche essentielle qu’il effectue, et cela, oui, me met en colère."
- "Je n’ai jamais succombé aux explications psychologisantes, je vois que Sarkozy est un homme nerveux, migraineux, agité de tics, je ne le crois pas fou. Mais là, vraiment, il a besoin de se calmer, de se maîtriser."
Cela dit, soyons honnêtes. A l'UMP, on aime aussi les polémiques à deux balles. Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes bien à droite, dénonce dans un communiqué du 25/02 "la chasse au Sarko" qui se serait ouverte. Un "acharnement médiatique" contre la personne du chef de l'Etat. "Il y a eu d'autres exemples dans le passé de ce type d'acharnement avec Roger Salengro et Pierre Bérégovoy et l'on sait comment cela a fini." estime-t-il. Très bonne remarque. Le chantage au suicide, personne n'y avait pensé.
Jamais un incident, en lui-même insignfiant, n'a suscité autant de commentaires. A croire qu'on attend d'un Président qu'il soit un modèle de politesse et non pas, par exemple, qu'il mène une ambiteuse et cohérente politique économique. Est-ce que Nicolas Sarkozy a décrédibilisé la fonction présidentielle ? C'est en examinant son action politique qu'on aura la réponse pas en jouant les Dr Freud de seconde zone. Par contre, il n'est pas interdit de penser que certains dirigeants politiques, en exploitant à outrance l'actualité ou en jouant la carte de la victimisation, ont clairement décrédibilisé le débat politique.
par Tefy
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Politique






